Diana Kennedy, artiste-auteur située dans les Vosges.
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vendredi 29 décembre 2017

Les bougies d'Antan

J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes.

En ces derniers jours de l'An 2017 qui a été bien mouvementé, voici quelques pensées que j'ai déjà publié sur facebook.

Notre noël de cette année a été particulier. Premièrement, grâce au gain de place dû à l'aménagement de ma chambre et la réorganisation du salon, l'arbre n'était plus coincé entre la porte et le poêle. Toutes les années précédantes, il a  bouché le chemin et n'offraait plus que peu de branches libres pour les boules.

Deuxièmenent : les bougies !
Il y a quelque temps, mon amie Gaby  me ramena un sac rempli d'anciens paquets de bougies qu'elle avait trouvé dans une brocante. Des paquets entiers, presque indemnes qui m'étaient plus que familiers, puisque ce sont ces bougies qui ont illuminés les noël de mon enfance.

Dans le sac de Gaby il y avait donc des paquets que je pus identifier comme étant des années 50, 60, 70 et un des années 80.


Chaque paquet portait même encore une étiquette de prix...Témoins de l'inflation au fil des décennies. Les bougies des années 50 ont coûté 0,80 centimes. L'emballage est en carton non laminé, avec une ouverture perforée sous forme de sapin sur le couvercle. Dedans on y trouve un petit carton avec les paroles d'une chanson de noël. Luxe et modestie n'en font qu'un.

En ouvrant la boîte je découvris, au milieu du lot de bougies inutilisées, une bougie déjà à moitié brûlée.
Quelle découverte émouvante : Quelqu'un avait donc pris le soin de ranger la demi bougie dans son carton, en vue d'une utilisation ultérieure. Esprit écolo, anti-gaspille, comme nous dirions aujourd'hui. A l'époque, ce fut tout simplement normal de prendre soin de ce qu'on a. Les 0,80 cts du paquet ne représentaient pas rien.

Le soir du 24 décembre, cette demi-bougie était à l'honneur. Seule sera sur la table, pour illuminer les plats. Après plus d'un demi siècle, sa flamme, messagère d'une autre temps et du paradis perdu de l'enfance, éclaira la soirée.




dimanche 19 mars 2017

Des plans, des projets

Le printemps réveille les ambitions. Celle de planter le plus beau jardin de tous les temps, de réaliser encore plus d’idées et de projets artistiques et avec tout ça, l’envie de voyager. 
L’envol vers les Etats Unis en Juillet pour rejoindre Donna Barr au Clallam Bay Comicon est certainement le projet le plus notable.
Un mois avant, en Juin j’irai aussi au traditionnel Festicart’ à Enghien Les Bains. Une manifestation devenue un “must” même si les frais dépassent largement les gains. 

En automne (Octobre) je vais peut-être faire Arlon. Mais cela dépend de la situation financière.

Et Gamin dans tout ça ? Lui aussi, il voudrait reprendre la route, je le vois bien. Après notre retour du pèlerinage Aldo Moro dans les Pouilles, nous avons tous les deux savouré le repos, la vie sédentaire avec un toit en dur. Pendant très longtemps. Mais maintenant, peu à peu, l’appel du lointain se refait entendre.

On se dé-rouille de la raideur de l'hiver


Non, ce ne seront pas des milliers de kilomètres ni des mois, mais vous prendriez bien deux petites centaines de bornes?

Oui. Alors nous revoilà engagées dans l’entraînement pour un projet appelé “Deep Forest 5” qui démarrera mi-Août et qui nous mènera sur le GR 7, puis 5 en route vers l’Alsace. Destination : Le Mont St Odile. Je pense y arriver vers la mi-Septembre. Retour ensuite en remorque - là, il me faudra quelqu’un qui serait prêt à venir nous récupérer.



Je passerai donc mon anniversaire quelque part dans la montagne. Après tout ce n’est pas nouveau. Et je serais rentrée avant le 23 Septembre, jour de l’anniversaire d’Aldo qu’on passera au chaud à la maison.

Bref que des plans et des projets; Nous verrons les quels défieront les obstacles et les aléas de la vie. Car comme le disait JFK : “Tout est incertain et qui sait ce qui va être”, 

mercredi 8 mars 2017

Journée de la femme

Parfois, il m'est plus facile de m'exprimer en anglais.


A womans prayer on March 8
Don’t give me flowers, I need RIGHTS.
Don’t give me rights, because I already own them naturally.
RESPECT these rights!
Don’t opress me in the name of your religion.
No God ever said women should be opressed,
MEN said that. MEN wrote it down into their unholy books.
Don’t tell me your politcal side will save and protect me.
Because, each in your own way,
you ALL agree on the concept of female inferiority.
Left-Liberals are silent on womens opression in Islam.
Right-conservatives agree on the the opression by itself
BOTH are silent on Anti-Woman laws in Russia,
BOTH are silent on Womans opression in Saudia-Arabia.
Don’t tell me not to be a “feminist”, because feminists are unsexy.
I give a flying Fuck if you think I’m sexy or not.
I don’t need your sympathy,
I just need freedom
It doesn’t matter WHO - if you want to take my rights away, I’ll fight back.
My weapons are loaded 365 days a year.



samedi 4 février 2017

L'inégalité est une réalité

"Comment est-ce être une femme dans le monde de la BD?"
"Votre thème est un peu étrange pour une femme"
"Oui on voit bien votre coup de crayon typiquement féminin".
"Ah, c'est VOUS qui dessinez tout ça"?

Liste non exhaustive...

Le Bullshit-Bingo des ténèbres est bien connu par toutes les dessinatrices de BD et se voit régulièrement complété sur chaque salon, festival ou autre manifestation.

Le monde de la BD est un monde profondément machiste.

On est toujours dans la m...

La grande majorité des auteurs de BD est masculin, la grade majorité des lecteurs aussi.
ça commence avec le contenu des BD proprement dit: Soit le femmes ne sont pas présent du tout ou très marginales, des auxiliaires, souvent avec un rôle négatif. Prenons les albums de Tintin: La seule femme ayant un rôle au delà de celle d'une passante dans la rue est la Castafiore.

Une des BDs que j'ai aimé lors de mon enfance fut "Aurore et Ulysse", les deux centaures de la plume de SERON. Même si Aurore et mentionnée en premier, dans les histoires elle reste à l'ombre d'Ulysse.

En 1993, j'avais eu la chance de rencontrer Seron lors du salon de la BD à Zürich. Lors du souper, je lui demandais pourquoi Aurore est toujours passive. "Ah c'est normal, c'est une fille, donc elle subit" répondait-il.

Les femmes, c'est gosses, lit et cuisine

Avec le temps, le monde de la BD a vu davantage de personnages féminins. Mais ce ne fut pas l’émancipation espéré du concept d'un personnage principal féminin, mais plutôt celle des fantasmes masculines :
Toutes ces héroïnes qui manipulent des épées, des mitraillettes ou autres armes, la bouche toujours semi-ouverte, ce sont des fausses héroïnes, parce que elles sont plus occupées à prendre une pose "sexy" que de combattre leur adversaire.

Des seins atomiques? Non. L'arme d'une femme - reste un bon revolver


Ces stéréotypes hyper sexualisées, La représentation de la femme dans la BD est de plus en plus critiquée. Une critique qui est violemment rejetée par les dessinateurs concernées et leur fans. On crie l'alerte à la censure et souvent les insultes les plus basses sont au rendez-vous. Et pourtant:

" Il ne faut absolument pas confondre la demande de prise de conscience, de réflexion et de débat sur ce sujet et une demande de censure prude. La lassitude à voir ce genre de représentation dominer depuis des décennies n’inclut pas le fait de prétendre les interdire.

Simplement : sexualiser des personnages féminins à la moindre occasion, sans le faire avec le masculin, c’est sexiste. C’est de l’objectivation. Érotiser un personnage féminin dans un contexte absolument pas érotique, c’est de l’objectivation."   

- Laetitia Coryn  - " Entre objectivation et invisibilisation, tu choisis quoi ?" *
Non, un ventre à poil n'est pas encore "sexualisé"


En effet. Personne ne parle de censure et d'interdiction. Je suis consciente que dessiner, c'est aussi un acte sensuel. L'artiste qui a un besoin érotique à exprimer a le droit de le faire. Des corps, des poses, des situations peu réalistes ? L'art est là pour permettre de visualiser les fantasmes.

Après tout, je suis tout pareille. Je dessine Aldo et JFK bien évidement avec un œil et une main sensuelle. La seule différence à priori, est celle que mes personnages n'ont pas besoin d'avoir le cul ficelé par un String pour me faire ce que font ces dames à leurs dessinateurs mâles.

Ils sont sexy pour moi tout en restant d'abord des individus.
Il est tout beau


L'inégalité serait elle au final, dictée par la nature ? Il est vrai que l’objectivation n'est pas un besoin chez la femme, au contraire, nous sommes, pour la grande partie, toujours à la recherche d'un concept holistique de l'individu. La mise en avant de certaines parties du corps, des fesses, des poitrines sans visage - ça ne nous intéresse pas.

On pourrait presque se dire : Bon, ben c'est comme ça, chacun dessine ce qu'il veut. Liberté artistique pour tout le monde.

Le problème est que cette liberté que les auteurs masculins revendiquent pour eux - férocement sans le moindre compromis, ne nous est pas accordée, à nous...

Combien de fois me suis fait questionner : "Mais pourquoi en tant que femme, tu dessines des hommes?" (hein?)
Ou :  "Tes hommes sont vraiment d'un point de vue féminin, ça se voit". Avec un ton qui sous-entend qu'un "vrai" homme ne s'y reconnait pas.
La masse des personnages féminins absolument irréalistes dans la BD, qui outre de leur absurdité présentent un caractère blessant et abaissant,  ne représente  donc aucun problème, mais des personnages masculins "vu par une femme" oui...

Dans RIVERBOAT le scénario prévoit les retrouvailles d'Aldo et de JFK après leur séparation près du puits.
Vous allez rire, (ou pleurer) mais ça fait des jours que je me casse la tête jusqu'où je peux aller dans la représentation. Ils vont se prendre dans les bras. Horreur!  Même si je renonce à une bise,  je sais déjà qu'il va y avoir des commentaires acidulées, sous entendant c'est immoral, faux, inacceptable. Au cours des 30 ans que je fais de la BD, rien n'a changé.

Alors j'essaie de trouver une pose pas trop "forte" sans pour autant trahir ce qui est en moi...

Et pendant que je réfléchis avec soin où poser tel ou telle main sans que cela ne dépasse les "limites" imposées par le consensus universel, des centaines de dessins sont publiés où des femmes se livrent à des interactions sexuelles plus ou moins prononcées, dans des situations risibles, sans  base émotionnelle, pourtant indispensable pour une femme.
Personne ne s'en offusque, car étrangement, les lesbiennes dans l'art sont les seules à ne pas être concernées par l'homophobie.
Scène à scandale - c'est prévu pour Riverboat 5


Bon, je sais bien que nous ne parlons pas du même genre de BD.
RIVERBOAT étant une BD tout public, personne n'y mettrait des scènes explicites comme dans une BD dite "pour adultes.

Mais je SAIS qu'un dessinateur masculin à qui on confierait RVERBOAT mettrait Misses Sweener et Sigrid Bogenfelde en mini-jupe avec des seins énormes coincées dans un bustier trop étroit et supprimerait totalement le rôle de Claire Lamarne (trop grosse, trop intelligente). Et ça passerait. Oui, sans problèmes.
Alors que moi, voilà, je cherche toujours comment représenter un instant de tendresse entre JFK et Aldo sans que cela ne heurte les âmes "sensibles".

Et ça, ça me peine.

* Lisez cet excellent article sur le site du collectif des dessinatrices de bande Dessinée contre le sexisme :
http://bdegalite.org/objectivation-invisibilisation/




mardi 10 janvier 2017

Pas froid au crayons ?

La première chose que je fais le matin, dès que je suis sortie du lit : raviver le feu au poêle !

Eh oui, nous passons une période de froid très sévère. On a beau à se dire que le paysage enneigé est très beau, que le sol gelé fera du bien au potager, que ça va décimer les nuisibles, c’est assurément une saison pénible, surtout si on habite un logement vieux et mal isolé.

Tout se fait au ralenti, les tâches ménagères, les démarches quotidiennes et même la création artistique. Je fais la navette entre l’ordinateur où je travaille sur les scènes de dessin-animées et le canapé où je dessine sur papiers: Les planches de Riverboat ou des décors de films. Ou encore des illustrations sur commande. L’inspiration tourne au maximum, aucune perte de performance de ce côté là. Mais les doigts semblent plus lents, plus rigides. Un café, aller aux toilettes, tiens- il faut remettre une bûche -  Toutes les excuses sont bonnes pour faire une petite pause.

 Je me rends compte que je préfère dessiner des scènes hivernales en été et vice-versa. On veut toujours ce qu’on a pas.

 Et vous ? Comment l’hiver influence-t-il votre quotidien, notamment votre activité artistique ?



vendredi 7 octobre 2016

L'éteau

Beau texte à méditer dans ce blog:
Que dire ? Le problème est que les Bijoux de la Kardashian FONT le buzz. Alors que tout le monde devrait s'en foutre de sa camelote de merde et tourner le regard vers les vrais drames. Oui, le fric aujourd’hui a une sale gueule à claques. Au moins dans les temps passés, par moment, la richesse avait du style. Le Roi Louis 2 de Bavière a été un excentrique détraqué quand il a construit son château de Neuschwanstein. Mais bon, avec les touristes que ça attire depuis, il rend au moins la richesse au peuple bavarois. Alors on ne rouspète pas ou plus. On peut le voir comme un artiste. Mais aujourd'hui, la vulgarité est en effet à la mode. Les pauvres ne crèvent plus à côté des calèches élégantes lme visage trempé dans les crottins des carrossiers, mais à côté des bagnoles 4x4 d'asociaux grossiers et incultes. C'est comme ce qui se passe en Pouilles maintenant: Un investisseur riche du nom de Briatore, avait dit: "Les riches ne veulent pas d'olivers, ni de nature ou de culture. Ils veulent des SPAS de Luxe et des yachts, il faut donc construire ça en Apulie. " Depuis des semaines on s'indigne à cause de ces mots en Pouilles. AU MOINS on s'indigne... Il a pourtant raison Briatore, avec son évaluation de ce qui est au goût de sa clientèle. Malheureusement. Le problème est que, il n'y a pas que les riches qui ont des goûts vulgaires. Nombre d'eux ont le sou justement, parce que les gens "moyens", voire les pauvres, raffolent de la vulgarité. Une Kim Kardashian a des bijoux qu'on peut lui voler, parce que ce qu'elle fait, plaît aux masses. Fini le temps quand que les auteurs de BD pouvaient vivre et nourrir une petite famille avec la création d'un album par an, publié dans Spirou ou Tintin, puis en livre cartonné. Aujourd'hui ils vivent dans la précarité absolue et nombre d'entre eux sortent même de La Maison des Artistes, en d'autres mots, pètent leur retraite, parce que les cotisations dépassent 3 fois les revenus. C'est aussi parce que le temps passé devant les émissions de télé-réalité est jugé mieux investi que celui qu'on passerait à lire un album. Je me juge heureuse que je puis faire la résistance avec vous, vous qui êtes lecteurs de Riverboat ou d'un autre de mes livres. Vous qui préférez passer votre demi-heure de détente avec John, Aldo et Mallie au lieu d'une connasse à la télé. Vous qui savez rêver.




samedi 3 septembre 2016

Qui sème la merde...

Voici ce qu’on m’avait remis à Maglie:



La fin de mon pèlerinage le 15 Novembre eut en effet eu lieu deux jours seulement  après les attentats de Paris. Mon “jour de gloire” fut sous l’ombre d’une grande tragédie.
Mais la vague de compassion de la part des Italiens était bouleversante. Ce petit cœur crocheté dans les couleurs françaises était un de leurs innombrables message de soutien. Je l’ai encore avec moi, je le prends en main et je sens toute la chaleur de ce jour là.
Si dans les lointaines Pouilles ont pleure sincèrement les victimes de Paris, me suis-je dit, il y a espoir dans ce monde de plus en plus froid.

Entre temps, le malheur a frappé l’Italie sous forme de ce terrible séisme. J’aurais espéré que le même message de solidarité et de condoléance qu’on m’avait jadis offert, retrouve maintenant au sens inverse, le chemin vers l’Italie.

Mais non. A la place de ça, il y a ce dessin dans Charlie Hebdo.Une grosse claque haineuse en plein dans la figure.

Je ne reproduirai pas le dessin en question ici. Mon blog a des impératifs de qualité minimum.

Vous pouvez aller le googler. En résumé, il représente un couple italien plein de sang et de blessures, ainsi qu’un tas de corps sous les décombrs et i l y est marqué: “lasagne, Penne tomate etc. Déshumanisation en faisant des victimes des plats italiens.
Depuis, je me tue à expliquer à mes amis italiens que ce n’est pas “la France” qui dit ça. Qu’un grand nombre de Français trouve ça aussi dégueulasse que moi.

Beaucoup comprennent, d’autre moins et certains se sont pris de haine et de colère envers tous les français.
Et toujours la même question désespérée :  “Pourquoi ? Pourquoi vous faites ça ? Nous avons pleuré avec vous lors de vos heures de douleur et vous nous retournez ça?”

Et je n’ai pas d’explication.

La satire, c’est s’en prendre aux forts, c’est l’irrespect du pouvoir, des institutions. C’est la critique d’une chose, d’une idée, d’un mouvement critiquable.
Mais, putain de bordel, qu'il y-t-il à critiquer chez des gens qui ne vous ont jamais fait le moindre mal, des gens comme toi et moi qui ont été écrasés entre les murs de leurs maisons ?

“la satire peut tout faire” m’a-t-on dit. La satire, oui. Mais là, ce n’est pas la satire. C’est du cynisme, c’est de la méchanceté.

Mais parlons-en des excuses. Faisons la liste des plus entendus:

La soi disante hypocrisie :

*Tiens, avant, vous étiez tous Charlie et plus maintenant?

Plait-il? Je ne savais pas qu’en disant "je suis Charlie" en janvier 2015 on signait un engagement comme quoi on ne critiquerait plus le journal pour au moins 100 ans.

Pour mémoire: “Je Suis Charlie” voulait dire: Je suis pour la liberté d’expression *même* si ce qui est exprimé c’est pourri comme c’est pas possible. JeSuisCharlie voulait dire: “Je ne suis pas d’accord qu’on assassine des personnes parce que’on aime pas ce qu’ils dessinent.” ça voulait aussi dire:" Je ne veux pas que des dessinateurs soient contraints à s’autocensurer, parce qu’il y a des menaces de mort ou parce que des arriérés brûlent des ambassades au moyen orient."

JeSuisCharlie ne veut PAS dire qu’on est obligé d’aimer ce qu’ils font.


* Ah, parce que offenser les musulmans c’est ok et les italiens pas ?

Une religion revendique de la visibilité et de l’influence sur notre vie quotidienne - il est normal qu’il y ait un retour sur ces revendications. Comme quoi se moquer d’une religion et de ses contenus fait partie du débat dans une société.
Les victimes du tremblement de terre n’entrent en rien dans cette catégorie. Des gens comme vous et moi qui n’ont rien demandé et qu’on piétine dans leur malheur.



Les thèses égoïstes

* Si t’aimes pas, t’achètes pas, tu lis pas.

Vous rigolez ? Coucou, c’est le 21 ème siècle qui parle !
Pas besoin d’acheter Charlie à l’ère de facebook et autres réseaux sociaux pour être confrontées avec ses dérives. Qu’on le veuille ou non. D’ailleurs le maire et la population de Amatrice ont été au courant seulement quelques heures après la publication. Comme quoi, on confronte des gens qui sont en deuil, assis dans des tentes à côté des ruines de leur vie avec ce dessin abject.

* Moi j’ai trouvé marrant.

Oh je sais qu’il y en a qui trouvent ça rigolo. Il y en a aussi qui se poilent à la vue des photos des chambres à gaz ou pour les quels une vidéo de décapitation signée Daesh, c’est la grosse rigolade.

Je sais que je quitte l’objectivité là, je le fais en toute conscience:
Franchement, si ça vous fait rire, il y a quelque chose qui tourne pas rond dans votre tête. Allez voir un psy, mais ne demandez pas à ce que votre perception malade soit vu comme un argument valide.

Je ne vous cache pas que ça me fait chier à un niveau stratosphérique qu’un dessin bâclé, niveau fanzine photocopié des années 1980 a été mis dans une position où il a pu créer un impact de souffrance aussi important.
 Et je sais bien que c’est pas Charlie qui va s’excuser. Il vont poster un “le dessin satirique expliqué aux cons”. Encore un. Si au moins ils le nomeraient “expliqué par des cons” ce coup-ci.

Ne nous y trompons pas: L’amitié franco-italienne a pris un sacré coup. Il faudra du temps pour réparer ça, pour soigner les plaies. Je suis effarée et je ne peux, pour le moment, que m’excuser en tant que résidente française et “fumettista”.


samedi 23 juillet 2016

Le temps des nuages

Nice, Würzburg (où habite une amie très, très proche) et maintenant Munich.
Tous petits, nous autres qui ne demandons qu'à vivre, à aimer et à être créatifs on se cherche une petite place dans ce monde désormais dominé par la violence.


Le jardin pousse. Juna et les autres plantes se sont remises de l'attaque de grêle il y a un mois. Je récolte des courgettes et des pâtissons à gogo. Merveilleuse leçon de la nature qui nous enseigne qu'il faut toujours se relever.

En haut du jardin, le "Giardino di Aldo", bien qu'encore qu'à ses débuts, a pris forme, lui aussi:



Il Giardino di Aldo

Le jardin d'Aldo émerveille déjà maintenant les promeneurs qui passent à ses côtés sur le sentier champêtre et cela me fait un grand plaisir. Je voudrais que ces quelques mètres carrés deviennent un petit sanctuaire où habite en permanence un peu de ce grand et doux amour qui m'a accompagné tout au long du pèlerinage. Un endroit où on devine le sourire d'Aldo et où, en pensée, on fait une petite caresse sur sa main.

SENTIER SAUVAGE - le carnet de voyage du pèlerinage verra le jour !
En effet, la collecte sur Ulule qui dure encore  pendant 5 jours a abouti ! un très grand MERCI à vous tous!
Alors comment les choses vont-elles continuer ? Je suis en train de créer la maquette de SENTIER SAUVAGE. Le texte est soumis à une deuxième relecture auprès de tiers compétents et m'est retourné bout par bout. Ces bouts sont incorpores dans la maquette.
C'est un travail très minutieux,car maintenant il ne faut plus faire d'erreur. 

Une fois la maquette prête, (un PDF) celle-ci est envoyé à l'imprimeur. 

Je pense que le livre fini sera disponible vers la mi-fin Septembre. La première officielle sera en octobre. Ceux d'entre vous qui auront le livre avec leur contrepartie, seront servis en priorité absolue, c'est à dire dès sa sortie d'imprimerie.

Je vous tiendrai au courant.

Et puis il aura ça, demain dimanche :



J'y  fus invitée à l'origine  et on avait convenu que je fasse une lecture en avant première d'un ou deux chapitres de SENTIER SAUVAGE.  A la demande, j'ai aussi envoyé des visuels de mon travail pour la com. 
Com, qui apparament, ne s'est jamais faite. Je n'ai reçu aucun flyer à diffuser. Plus tard, je découvre le visuel ci haut sur le Blog des Voivres de Bernard.

Aucune trace de mon intervention prévue. On y découvre juste le point 11h30 "lecture publique". Qui lira de quel titre?  Un ou plusieurs auteurs en "pochette surprise" -  dans l'anonymat total.
Ce qui est sûr, c'est que je n'en ferai pas partie.
Il y avait un temps ou certes,  j'aurai participé dans ces conditions là. Mais le pèlerinage m'a donné conscience que je vaux plus que ça.

Comme quoi demain, j'irai travailler au Giardino di Aldo et arracher quelques herbes au potager. Ensuite, c'est dessin: Il y a Riverboat Nr. 3 qui doit avancer!




mercredi 16 mars 2016

Le 16 Mars



La Via Mario Fani.

Ce qui la rend si sordide, c’est sa banalité : une petite rue, comme il en existe dans n’importe quelle ville. Elle n’a absolument rien de spécial.
Dans mon imagination, la Via Fani avait toujours été plus grande, plus importante et plus large. J’ignore pourquoi.

Le matin du 16 mars 1978, Aldo Moro et son escorte empruntèrent la Via Fani. Ils venaient de la Via Trionfale, où habitait la famille Moro.
La rue monte un peu, puis croise la Via Stresa.

Le carrefour manque de visibilité. Une voiture venant de la Via Stresa risque de ne pas être repérée. Cette situation de base a servi de lieu idéal pour une des embuscades les plus brutales de l’histoire.
En bas de la Via Fani, Mario Moretti, à bord d’une Fiat 128, avait réussi à s’insérer devant la voiture de Moro qui précédait celle de son escorte. Au carrefour de la Via Stresa, Moretti avait ralenti puis s’était arrêtée, se mettant en travers afin de bloquer au maximum la rue.

Les récits des brigadistes se contredisent dans les détails. Valerio Morucci rapporte que l’arrêt subit de Moretti aurait tout de suite provoqué la violente collision en chaîne des voitures qui suivaient. Moretti et Raffaele Fiore quant à eux racontent que les arrêts se firent en douceur et qu’il n’y avait eu aucun tamponnage. Le chauffeur d’Aldo, Domenico Ricci, aurait juste fait un signe de main du genre : « Avancez là devant ! » à la voiture qui le bloquait.

Sortirent alors d’autres brigadistes de leur planque. Ils ouvrirent tout de suite le feu. La mitraillette M12 de Raffaele Fiore, le brigadiste chargé de tuer Ricci, s’enraya après les premiers coups. Le terroriste changea de chargeur, mais il ne réussit pas à rouvrir immédiatement le feu. Cela donna quelques secondes de vie supplémentaires à Ricci qui fit des marches avant et arrière désespérées avec la Fiat 128 CD, pour sortir du piège. En vain.
La voiture de ses collègues et une voiture garée sur la droite empêchaient la fuite.

Oreste Leonardi, assis à côté de Ricci, n’aurait tenté aucune riposte, selon les brigadistes. Il consacrait toute son attention vers la banquette arrière où était Aldo Moro, cherchant à le couvrir et le protéger.
Les brigadistes, Prospero Gallinari armé d’une mitraillette TZ45 et Bonisoli avec sa FNAB-43,  s’avancèrent alors vers la voiture de l’escorte.

Ils ouvrirent les portes et firent feu sur les occupants.

Rivera avait été quasiment tué sur le coup. Et, lâchant l’embrayage, aurait provoqué le saut en avant-dernière de l’Alfa Romeo, percutant la Fiat de Moro qui à son tour accrochait la Fiat de Moretti.

L’autre occupant de l’Alfa Romeo, Francesco Zizzi, survécut au massacre, gravement blessé. Il mourra quelques heures plus tard à hôpital.

A bord de la voiture d’Aldo Moro, Ricci poursuivait ses tentatives d’évasion, forçant Moretti, à rester au volant, le pied enfoncé sur la pédale du frein, frein à main serré, afin de maintenir la Fiat en place pour que reste bloquée la voiture des victimes.
Le brigadiste Morucci, qui avait aussi eu des problèmes avec son arme, avait réussi à remettre celle-ci en marche. Il s’avança vers la Fiat 130 et mit fin à la lutte de Ricci en l’abattant de près par une salve.

Gallinari avait tiré sans interruption jusqu’à ce que sa mitraillette cesse de fonctionner, elle aussi. Il continua à faire feu en se servant de son pistolet Smith & Wesson M39.
Bonisoli vida un chargeur sur les occupants de l’Alfetta.

Parmi ceux-ci, Raffaele Iozzino, qui assi sur la banquette arrière, avait été relativement à l’abri des balles. Il réussit à sortir de la voiture et se mit à riposter avec sa Beretta 92. Soit Gallinari, soit Bonisoli, ouvrirent alors le feu sur lui. Selon les dires de Moretti, ce fut Bonisoli qui, après avoir vidé sa FNAB-43 aurait tiré avec son pistolet, achevant Iozzino qui simultanément était touché par une rafale de projectiles tirés par les autres brigadistes. Iozzino s’effondra sur le pavé.
L’image de son corps fera le tour de la presse.

Comme mentionné plus haut,  les dires des Brigadistes sont parfois contradictoires. Ils ne correspondent pas non plus avec les preuves matérielles relevées sur les lieux qui elles suggèrent que la majeure partie des projectiles aurait été tirée d’une seule arme.

Le récit ci-dessus n’est donc qu’un parmi d’autres scénarios évoqués. Le résultat reste de toute manière le même : la mort des cinq hommes de l’escorte : Oreste Leonardis, Francesco Zizzi, Domenico Ricci,  Giulio Rivera et Raffaele Iozzino.


Le carnage accompli, les brigadistes pouvaient désormais cueillir Aldo Moro. Celui-ci était affaissé sur la banquette arrière, apparemment indemne. «  Fiore, un homme costaud, le saisit par le bras et le tira dehors. Moro, profondément traumatisé, était en état de choc. Il ne se défendit pas. » raconta Moretti.

Je contemplais les lieux avec l’impuissance du visiteur d’un autre temps.
J’avais 12 ans à cette époque et maintenant presque 50. Je ne peux refaire 1978 et je ne peux plus rien y faire maintenant.
Je vis tous ces scènes devant moi. Je vis Iozzino s’effondrant sur l’asphalte. Je vis Aldo traîné dans la rue, Aldo qui tenait à peine debout sous l’emprise du choc. Comment firent-ils pour le faire avancer?

 On le tire, on lui crie de dessus, on lui donne des coups ?

Je ne sais pas et ça ne sert à rien de se torturer l’esprit avec ces pensées, mais impossible de faire autrement.
Aujourd’hui la rue est retournée à son état de banalité originel. Rien ne rappelle la tragédie.
Ah si! Une plaque commémorative indique les noms des cinq hommes de l’escorte. On y voit aussi leur photos.

La plaque ne parle pas d’Aldo. Et c’est bien. On le sait ou alors on ne le sait pas.

L’escorte de Moro est encore plus oubliée que lui-même. C’était donc juste que la Via Fani leur "appartienne" à eux seuls.

****

Extrait du récit de Voyage du "pèlerinage Aldo Moro"




jeudi 18 février 2016

La solitude



Après les pensées sur la liberté, voici quelques unes sur la solitude.

Aldo Moro avait écrit dans une lettre à un ami proche : "Je  sais que tu es seul. Moi aussi je le suis. Je suis seul, au milieu de beaucoup de gens". 
En effet, il y a deux solitudes: L'absence d'autres humains, comme quand on se trouve en plein dans la nature par exemple. Ce n'est pas forcément mauvais, au contraire. J'ai toujours savourée la solitude de la montagne ou des grands espaces apuliens.

Et puis il y a la solitude de l'âme. Ne pas pouvoir partager ce qui nous importe, ce qu'on voudrait communiquer. Cette solitude peut être vécue en compagnie des autres, elle est même d'autant plus douloureuse qu'il y a du monde autour.

J'ai pratiquement toute ma vie souffert plus ou moins intensément de cette solitude là. Chaque dessin est une bouteille à la mer. La clé du bonheur est de savoir jeter ces bouteilles à l'eau tout en étant en paix avec le fait qu'elles ne seront jamais recueillies.



jeudi 11 février 2016

La liberté

Liberté...
Aujourd’hui, je reprends les pensées de Claire dans son nouveau blog.

Ce qu’elle y a écrit me rappelle les mots du prêtre de Lucito, en Molise: Il était venu le soir auprès de ma tente et malgré le fait que sois paganiste et lui catholique, nous avions eu un bel entretien spirituel. Il me disait: “Ce voyage vous a fait découvrir qui vous êtes vraiment. C’est là tout l’enjeu de la vie.”
Il avait certainement raison, et bien que je ne sois pas encore arrivée tout à fait au bout de la découverte, je m’en suis pas mal rapprochée, c’est certain.
La reconnaissance totale de soi, de ce qui reste quand tout conditionnement extérieur est tombé, c’est l’ultime liberté.

Outre que le conditionnement “normal”, il y a les contraintes, voire carrément l'oppression de la part de la société ou d’une partie. Ce désir de s’imposer aux autres, de faire valoir ses idées et ses règles au détriment du reste, semble être infiniment profond chez l’humain. Ça s'appelle aussi le pouvoir.

Dans ma perception, nous revivions une renaissance des forces autoritaires de tout genre. Cela crée des adversités, le ton monte. Des familles, des amis sont divisés.
Des camps idéologiques se fortifient et se radicalisent. Les valeurs de la liberté sont de plus en plus piétinées - aussi par ceux qui avaient la vocation de les défendre.

Ayant voyagé pendant sept mois dans ma propre bulle de temps, le retour dans le monde dit normal est assez difficile pour moi. Je redécouvre non seulement la même merde, mais entre temps, elle est devenue encore plus pourrie.